Un vase en bois flotté, au sens strict, est un vase monté sur du bois ramassé au bord de l’eau, poli par les vagues et le sable. Mais la quasi-totalité des vases vendus en France sous ce nom n’en sont pas : ce sont des racines de Gamal séchées, venues de Bali, qui n’ont jamais vu la mer. La différence se sent en main, et elle change ce que vous achetez.
Comment reconnaître du vrai bois flotté
Six critères, vérifiables sur la pièce elle-même.
| Bois flotté véritable | Racine séchée (Gamal, teck, autre) | |
|---|---|---|
| Couleur | Gris argenté, presque uniforme | Brun chaud à brun foncé, veines visibles |
| Surface | Lisse, arrondie, sans arête | Noueuse, avec des arêtes et des creux nets |
| Poids | Léger, la fibre a été lessivée | Dense, environ le double à volume égal |
| Fibres | Apparentes, comme peignées dans le sens du courant | Fibres serrées, orientation désordonnée |
| Odeur | Aucune, ou une note saline | Odeur de bois sec |
| Deux pièces | Formes proches, l’eau uniformise | Formes très différentes |
Le test le plus rapide reste le poids. Prenez la pièce en main : une racine de Gamal est dense, elle pèse environ le double d’un bois flotté de même volume. L’eau a lessivé la fibre du second pendant des mois, le premier a simplement séché.
Pourquoi tout le monde écrit « bois flotté »
Parce que ça se cherche. Le terme est entré dans le vocabulaire de la décoration bien avant que ces objets balinais n’arrivent en France, et il évoque immédiatement quelque chose : le naturel, le brut, la plage. « Racine de Gamal » n’évoque rien à personne.
Ce n’est donc pas forcément un mensonge délibéré : c’est un raccourci de vocabulaire qui s’est installé et que tout le marché reprend, y compris chez les revendeurs qui n’ont jamais eu la description exacte de leur fournisseur.
Le problème est ailleurs. Quand on achète un objet naturel, la matière est le produit. Savoir de quel bois il s’agit détermine comment il vieillit, comment on l’entretient, et si le prix est justifié.
Le Gamal, concrètement
Gliricidia sepium est un arbre d’Amérique centrale, largement planté en Indonésie depuis le XIXe siècle. Sa fonction première n’est pas ornementale : il sert de brise-vent et de tuteur vivant pour les cultures de café, de cacao et de vanille, et son feuillage nourrit le bétail.
C’est une essence à croissance rapide, taillée régulièrement. Les racines utilisées en décoration viennent de ces coupes d’entretien, pas d’un prélèvement sur forêt ancienne. C’est un point qui compte si l’origine de la matière vous préoccupe.
Ses propriétés expliquent pourquoi elle est utilisée pour du verre soufflé à chaud : le bois est dense, il ne se fend pas au séchage, et il supporte le contact d’une masse de verre à plus de mille degrés sans se désintégrer. Un bois tendre ou gorgé d’eau ne tiendrait pas. Ce verre-là part de bouteilles refondues, et ce que le verre recyclé change à la teinte et aux bulles se lit sur chaque pièce.

Teck, Gamal, bois flotté : le tableau qui règle la question
Ce sont les trois mots qu’on trouve dans les fiches produit du secteur, et ils ne désignent pas la même chose. Deux sont des essences d’arbre, le troisième est un état.
| Racine de teck | Racine de Gamal | Bois flotté | |
|---|---|---|---|
| C’est quoi | Une essence, Tectona grandis | Une essence, Gliricidia sepium | Pas une essence, un état. N’importe quel bois passé par l’eau |
| D’où ça vient | Souches restées en terre après l’abattage d’une plantation | Coupes d’entretien de haies vives et de tuteurs de culture | Ramassé sur une plage ou une berge |
| À l’œil | Grain marqué, teinte chaude du miel au brun | Grain dense, teinte brune plus froide, nœuds nombreux | Gris argenté, surface lisse, fibres creusées en relief |
| Au toucher | Lourd, presque gras à cause de ses huiles | Lourd et sec | Léger, parfois creux : la matière tendre a été mangée |
| Face à l’eau | Résiste bien, ses huiles le protègent | Craint l’humidité prolongée, grise et perd sa profondeur | Ne craint plus rien, il a déjà tout subi |
| Ce qu’on en fait | Mobilier, plateaux, socles massifs | Socles de pièces soufflées à chaud | Décoration légère, suspensions, objets posés |
Un point explique tout le reste. Le verre sort du four à plus de mille degrés et il est coulé directement sur le bois. Du bois flotté, tendre et creusé, ne tiendrait pas ce contact. Le teck le tiendrait, mais une souche de teck coûte plusieurs fois le prix d’une racine de Gamal pour un résultat visible identique. C’est un arbitrage de coût, pas un compromis sur la tenue.
La conséquence est pratique. Si une fiche annonce du bois flotté sous une pièce en verre soufflé à chaud, soit la mention est fausse, soit le verre a été collé après coup. Les deux se voient à la jonction : un verre coulé épouse le bois et suit ses irrégularités, un verre collé pose à plat sur un joint.
Ce que ça change à l’usage
L’entretien. Le bois flotté véritable, déjà lessivé, ne craint plus grand-chose. Une racine séchée garde ses tanins : une exposition prolongée à l’humidité la fait griser et perdre sa profondeur. Gardez-la au sec, essuyez les éclaboussures. Le détail des gestes est dans le guide d’entretien du verre soufflé sur bois, avec ce qu’il ne faut jamais poser sur une racine à nu.
La stabilité. Une racine noueuse ne pose jamais parfaitement à plat. Sur un meuble laqué, trois pastilles de feutre sous les points d’appui règlent le problème et évitent les marques. Le meuble compte d’ailleurs autant que la pièce : où poser une décoration en verre soufflé passe six emplacements en revue, et ceux qu’il vaut mieux oublier.
Le vieillissement. Une racine de Gamal fonce légèrement avec les années, comme la plupart des bois durs. Un peu d’huile de lin au chiffon, une fois par an, lui rend sa profondeur. Ce n’est pas obligatoire.
Le prix. Un bois plus dense et plus lourd coûte plus cher à transporter. C’est une des raisons pour lesquelles ces pièces ne descendent pas au niveau des vases moulés industriels.
Questions fréquentes
Le bois flotté est-il de meilleure qualité que la racine séchée ?
Ni meilleur ni moins bon, différent. Le bois flotté est plus clair, plus léger et déjà stabilisé par son séjour dans l’eau. Une racine séchée est plus dense, garde ses nœuds et ses reliefs, et supporte le verre soufflé à chaud, ce qu’un bois lessivé ne permettrait pas.
Comment savoir ce que j’achète ?
Regardez la couleur et pesez. Gris uniforme et léger, c’est du bois flotté. Brun veiné et dense, c’est une racine séchée. Si la fiche produit ne précise pas l’essence, c’est presque toujours de la racine.
La racine de Gamal est-elle une essence menacée ?
Non. C’est un arbre à croissance rapide, planté volontairement comme brise-vent et tuteur agricole, et taillé régulièrement. Les racines utilisées proviennent de ces coupes d’entretien.
Peut-on mettre un vase sur racine dans une salle de bain ?
Ponctuellement oui, en permanence non. Une salle de bain sans ventilation maintient une humidité qui finit par griser le bois. Le verre, lui, ne craint rien.
Faut-il traiter le bois ?
Non. Nos racines sont séchées et poncées, sans vernis ni vitrification, pour que la matière reste sensible au toucher. De l’huile de lin une fois par an suffit si la pièce paraît terne, et c’est facultatif.
Pour aller plus loin
Le détail des formes, des hauteurs et des longueurs de tige se trouve dans le guide du soliflore en verre soufflé sur racine de bois. Et si vous voulez comprendre ce qui se passe au moment où le verre en fusion touche la racine, c’est expliqué étape par étape sur la page du vase en verre soufflé. Les pièces montées sur racine de Gamal se répartissent entre les vases et soliflores et les bols et coupes. Autre confusion fréquente, le support en métal : verre soufflé sur fer forgé ou sur racine, les deux ne s’entretiennent pas pareil.
Les pièces dont on parle
Façonnées à la main sur racine de Gamal. Le port est calculé par tranche de poids : plusieurs pièces dans le même colis coûtent le même transport.




